Reference : Le redéploiement économique de la Wallonie face à la diversité de ses territoires
Scientific journals : Article
Social & behavioral sciences, psychology : Human geography & demography
Social & behavioral sciences, psychology : Regional & inter-regional studies
Business & economic sciences : Special economic topics (health, labor, transportation…)
http://hdl.handle.net/2268/247176
Le redéploiement économique de la Wallonie face à la diversité de ses territoires
French
Halleux, Jean-Marie mailto [Université de Liège - ULiège > Département de géographie > Service de géographie économique (ECOGEO) >]
Bianchet, Bruno mailto [Université de Liège - ULiège > > Lepur(Centre rech.sur la Ville,le Territ.et le Milieu rural) >]
Maldague, Hubert mailto [Université de Liège - ULiège > > Lepur(Centre rech.sur la Ville,le Territ.et le Milieu rural) >]
Lambotte, Jean-Marc mailto [Université de Liège - ULiège > > Lepur(Centre rech.sur la Ville,le Territ.et le Milieu rural) >]
Wilmotte, Pierre-François mailto [Université de Liège - ULiège > Département de géographie > Service de géographie économique (ECOGEO) >]
2019
Courrier Hebdomadaire du CRISP
Centre de Recherche et d'Information Socio-Politiques (CRISP)
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1782-141X
Bruxelles
Belgium
[en] Wallonie ; Redéploiement économique ; Développement territorial ; Métropolisation
[fr] La question du redéploiement économique de la Wallonie est lancinante depuis des décennies. Alors que les niveaux de développement des territoires qui la composent sont très inégaux, cette problématique est généralement abordée sur la base d’une division de la Belgique en trois régions et traitée via des moyennes globales et des tendances générales. Dans une recherche présentée par le Courier hebdomadaire du CRISP, une équipe de chercheurs du Service de géographie économique et du Lepur de l’Université de Liège a tenté de dépasser cette lecture en analysant la situation économique de la Wallonie à travers des analyses géo-économiques multi-échelles.

Ces analyses ont pris en compte de l’économie productive, via la capacité des firmes à générer de la valeur ajoutée et à exporter des biens et des services, mais aussi l’économie présentielle. La notion d’économie présentielle renvoie à l’impact sur l’économie locale de revenus générés ailleurs, grâce à des migrations pendulaires de travail, grâce à des pensions de retraite, grâce à des prestations sociales mais aussi grâce aux personnes qui dépensent sur un territoire sans y être domiciliées (les touristes, mais également les navetteurs et les étudiants non-résidents). La différenciation entre économie productive et économie présentielle vise à intégrer la disjonction spatiale croissante entre les lieux de production où les revenus sont générés et les lieux de consommation où les revenus sont dépensés.

Le travail des chercheurs de l’Université de Liège a mis en exergue des cercles, tantôt vertueux tantôt vicieux, qui conduisent à renforcer des disparités sous-régionales déjà très contrastées. En termes d’économie productive, cela les a notamment conduit à distinguer sept grands ensembles territoriaux. Ces ensembles aux superpositions partielles et aux limites floues sont les suivants : le Triangle wallon, la conurbation du Hainaut de tradition industrielle, la région liégeoise, la Wallonie picarde, l’Entre-Vesdre-et-Meuse, la Wallonie des faibles densités et le Sud-Luxembourg.

Du point de vue de l’économie productive, le Triangle wallon est de loin l’ensemble territorial le plus dynamique, avec en son cœur le Brabant wallon. Grâce à son intégration dans la zone métropolitaine de Bruxelles, dont il s’autonomise de plus en plus, ce territoire bénéficie de puissantes économies d’agglomération qui, conjuguées à son attractivité résidentielle, en font un lieu où économie productive et économie résidentielle se renforcent mutuellement dans une logique de cercle vertueux. À l’instar de la périurbanisation bruxelloise, le dynamisme productif du Brabant wallon tend aujourd’hui à se diffuser, tant vers le Hainaut que vers la province de Namur, où de petites villes comme Soignies, Seneffe ou Gembloux assurent un rôle de relais. Ce mouvement s’accompagne d’une croissance du développement d’activités indépendantes diverses et de la création de nombreuses PME, souvent de très petite taille. À plus longue distance de Bruxelles, ce dynamisme trouve un relais mais aussi une limite au niveau de Namur.

La grande hétérogénéité qui marque le développement territorial en Wallonie pose question vis-à-vis d’une gouvernance généralement mise en œuvre de manière homogène à l’échelle régionale. Cela pousse à s’interroger sur l’opportunité d’une spatialisation et spécialisation plus détaillée de ces politiques, en les ajustant plus finement aux forces et faiblesses des ensembles territoriaux identifiés. Par exemple, vu la faiblesse des économies d’agglomération qui caractérise la Wallonie des faibles densités, il ne semble pas opportun de mobiliser des moyens publics importants afin d’y initier des projets de type métropolitain. Tout indique que les résultats attendus ne seront pas au rendez-vous, comme l’illustrent divers projets de centres de congrès ou de parcs d’activités dédiés à la logistique ou à des entreprises à forte composante technologique. Plutôt que de chercher à imiter les logiques métropolitaines, ces territoires ont donc intérêt à identifier des avantages différenciatifs qui permettraient de soutenir des domaines susceptibles de bénéficier d’une « innovation décentralisée » tels que les productions liées au terroir (pratiques agricoles), à la production énergétique ou aux ressources locales (pierre, terre, bois, services présentiels). La Wallonie des faibles densités ne correspond toutefois en rien à une « Wallonie du vide » et il faut continuer à miser sur son économie présentielle basée sur le tourisme. En parallèle, afin d’amplifier leur potentiel structurant à l’échelle locale, ses polarités les plus dynamiques mériteraient d’être accompagnées en termes d’aménagement, de mobilité et d’offres de services.

Des politiques mieux individualisées mériteraient également d’être menées pour redéployer les bassins de tradition industrielle avec, en premier lieu, la conurbation du Hainaut de tradition industrielle. Cet espace s’étend du Borinage jusqu’à l’est de l’agglomération carolorégienne, sur une cinquantaine de kilomètres de long et sur une vingtaine de kilomètres de large. Son peuplement est estimé à plus de 700 000 habitants, soit près de 20 % de la population wallonne. Les faibles niveaux de revenus qui caractérisent la conurbation du Hainaut de tradition industrielle sont indissociables d’indicateurs défavorables pour la part de diplômés de l’enseignement supérieur, pour l’intensité de l’entreprenariat et pour le décrochage scolaire. Au regard des structures sociales héritées des déclins industriels, il semble peu réaliste d’espérer un redressement à court terme (une génération) de cet ensemble. Un redressement sur le moyen-long terme (plusieurs générations) est envisageable, mais à la condition d’y briser les cercles vicieux du déficit d’attractivité et d’y atténuer les effets de lieu responsables de la reproduction intergénérationnelle de la précarité. Dans cette perspective, la stratégie du soutien à l’économie résidentielle apparaît sans doute prioritaire à la stratégie du soutien à l’économie productive.

Dans la conurbation du Hainaut de tradition industrielle, la sélectivité spatiale justifie de miser sur les deux grands pôles de Mons et de Charleroi. Vu les volumes de population qu’ils concentrent, l’on peut penser que leurs économies d’agglomération permettent d’y assurer le développement de l’économie productive. Dans le champ de l’économie productive, centraliser les moyens sur les lieux qui concentrent les populations et les activités conduit à renforcer les effets de levier, c’est-à-dire à optimaliser l’efficacité des politiques publiques.

En région liégeoise, les communes paupérisées anciennement industrialisées semblent devoir être aidées sur le même modèle que dans le Hainaut de tradition industrielle, afin d’y renforcer l’attractivité et afin d’y réduire les effets de lieu. Par ailleurs, après le Brabant wallon, Liège est la deuxième zone de Wallonie en termes d’économies d’agglomération, comme l’illustrent notamment les développements dans l’aéronautique et dans les biotechnologies. Pour Liège, les économies d’agglomération tiennent à la taille du bassin d’emplois, aux niveaux de formation des populations et également aux aménités urbaines. En conséquence, l’économie productive doit également y être soutenue, dans la perspective de renforcer la métropolisation émergente qui caractérise la ville centrale et certaines de ses périphéries.

Bien que situés à deux extrémités géographiques de la Wallonie, le quatrième et le cinquième ensemble présentent des similitudes. Il s’agit de la Wallonie picarde et de l’Entre-Vesdre-et-Meuse (y compris le nord de la Communauté germanophone). Ces deux zones sont spécialisées dans les secteurs de l’agro-alimentaire et de la distribution-logistique. Vis-à-vis des territoires voisins, les deux ensembles se caractérisent par une population à la culture entrepreneuriale plus développée. Même si les économies d’agglomération y sont moins prégnantes qu’en Brabant wallon ou qu’en région liégeoise, il en résulte des bases productives étoffées. Il s’agit là d’une observation encourageante qui montre que, en Wallonie comme ailleurs, de bonnes performances économiques demeurent possibles en dehors des métropoles. Pour les deux ensembles de la Wallonie picarde et de l’Entre-Vesdre-et-Meuse, l’intérêt des pôles de compétitivité Wagralim et Logistics in Wallonia est à souligner. En effet, les appels à projets successifs initiés depuis le premier Plan Marshall semblent avoir contribué à renforcer l’intégration de ces deux régions au reste de l’économie wallonne. Il est utile de poursuivre dans cette voie, afin que la culture entrepreneuriale qui les caractérise puisse être soutenue par les institutions en R&D du Triangle wallon et de la région liégeoise.

À l’inverse de la Wallonie picarde et de l’Entre-Vesdre-et-Meuse, l’économie productive apparaît amorphe dans le Sud-Luxembourg. Cette déficience de l’entreprenariat est vraisemblablement induite par l’attractivité des avantages fiscaux que le Grand-Duché voisin propose aux entreprises et aux travailleurs, avec un véritable effet « aspirateur » à la création d’activités. Il en résulte une configuration singulière avec, d’un côté, une économie productive aux caractéristiques similaires aux parties les moins dynamiques du Hainaut et, d’un autre côté, des niveaux de revenus médians et de diplomation de l’enseignement supérieur proches du Brabant wallon. Pour l’ensemble territorial du Sud-Luxembourg, une amélioration significative de la situation doit venir d’une réflexion collaborative menée à l’échelle de la zone métropolitaine luxembourgeoise.
Lepur : Centre de Recherche sur la Ville, le Territoire et le Milieu rural
Researchers ; Professionals ; Students ; General public
http://hdl.handle.net/2268/247176
https://www.cairn.info/revue-courrier-hebdomadaire-du-crisp.htm

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