Reference : Yves Chaland nous tend un piège. Tentatives Spirou
Parts of books : Contribution to collective works
Arts & humanities : Philosophy & ethics
Arts & humanities : Art & art history
http://hdl.handle.net/2268/237992
Yves Chaland nous tend un piège. Tentatives Spirou
French
Hagelstein, Maud mailto [Université de Liège - ULiège > Département de philosophie > Esthétiques phénoménologiques et esth. de la différence >]
2019
Les métamorphoses de Spirou
Meesters, Gert
Paques, Frédéric mailto
Vrydaghs, David
Presses Universitaires de Liège
Acme;3
Yes
[fr] Chaland ; surjeu ; gestuelle ; morale ; bande dessinée ; années 1950
[fr] Comment décrire le mélange de fascination et de malaise qui nous saisit à la lecture des œuvres dessinées d’Yves Chaland ? Selon quelle logique singulière parvient-il à nous attraper – au double sens de « captiver » et « capturer » ? Dans la plupart de ses bandes dessinées, Yves Chaland nous tend un piège . On supposera ici que ce piège est particulièrement efficace dans le(s) Spirou. Chaland y déploie sa stratégie habituelle : il nous saisit au plus intime de nous-mêmes en activant des souvenirs et des réflexes de lecture anciens ; il réussit à nous fasciner, à nous séduire par l’incontestable élégance de son style – avant de nous renverser. Comment fonctionne cette logique du retournement ? Lorsqu’on ouvre une bande dessinée de Chaland, on éprouve quasi instantanément le sentiment d’une grande familiarité. On y retrouve les formes facilement décryptables, extrêmement lisibles, lisses et soignées des bandes dessinées classiques de notre enfance (ou de celle de nos parents). Dans le paysage de la bande dessinée d’auteur des années 1980, Chaland fait partie de ceux qui semblent réactiver un dessin régressif, nostalgique, facile, un dessin tranquille qui réconforte et ne demande pas d’effort à l’œil. Bien sûr, l’hommage à la bande dessinée de Jijé ou de Tillieux n’est jamais camouflé (d’autres sont présents aussi, Peyo par ex. pour l’album des aventures de Freddy Lombard intitulé « Le Testament de Godefroid de Bouillon », le Spirou de Franquin aussi). Et pourtant Chaland ne construit pas strictement une œuvre « de citations ». Il est parvenu à assimiler les influences de ses maîtres pour laisser émerger un style propre. Chaland fait du Chaland. Le graphisme très léché de ses bandes dessinées, facile à appréhender, doucement régressif, lui sert à attirer le lecteur dans un piège qui ne demande qu’à se refermer. À peine les yeux du lecteur se sont-ils attendris sur le graphisme old fashion des planches, à peine son esprit critique s’est-il tranquillement assoupi, que Chaland devient cruel avec lui. Il le met face aux personnages les plus vils (menteurs, trompeurs, intéressés), méprisant la basse classe dont ils sont parfois issus, jouant les grands bourgeois cultivés, prônant des valeurs désuètes, un catholicisme boy-scout déviant et un esprit colonialiste persistant, le tout mariné dans un fond raciste décomplexé et explicite. L’effet sur le lecteur est radical. Il sera forcément mal à l’aise et interrogera en retour sa propre tendance à la fascination (au sens fort du terme). Chaland parvient à reproduire l’expérience par laquelle notre fascination nous pousse à accepter toute une série de valeurs bien-pensantes et de préjugés racistes. Parfois, les décalages, l’accentuation des stéréotypes et le sur-jeu généralisé des gestes et des propos donne au lecteur l’impression d’être à côté de lui-même (« ai-je rêvé ? ai-je bu ? »). Cette opération n’obéit pas pour autant à une dialectique ou à une logique binaire. Le lecteur est d’abord surpris, mais le piège ne perd pas son pouvoir d’attraction quand la stratégie est déjouée. Bien sûr, les attitudes et les propos des personnages poussent le lecteur à prendre ses distances à l’égard des idéologies implicites qui innervent le récit. Mais le pouvoir de séduction du dessin est immense ; on y revient. On s’attendrit encore, et nous voilà à nouveau au plus près des personnages, enclins à la complaisance. On prête le flanc à la morsure. La mécanique de prise et déprise est potentiellement illimitée. Et sans doute le piège fonctionne-t-il d’autant mieux que Chaland y a lui-même succombé. On se situe donc avec lui entre la fascination et le rejet, entre la naïveté et l’ironie.
ACME
Researchers ; Professionals ; Students ; General public
http://hdl.handle.net/2268/237992

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