Abstract :
[fr] Les macaques et les hommes sont aujourd’hui contraints de partager leurs habitats, conduisant souvent à des situations conflictuelles lorsque ces premiers prolifèrent en milieux urbains. Ce phénomène s’accroit en Asie où certaines espèces survivent et tirent profit des habitats anthropisés et de leurs ressources, alors que d’autres sont en déclin. Récemment, les programmes de contrôle des naissances (via stérilisation permanente ou contraception) se multiplient afin de contrôler l’expansion locale de certaines populations dites « à problème ». Cette approche représente une alternative plus éthique à l’élimination, voire dans certains cas à la translocation. Cependant, les effets et les implications de ces programmes restent largement méconnus. Très peu d’études décrivent la manière dont la stérilité provoquée impacte ou non l’environnement social et le comportement des individus traités, ainsi que de leur groupe. L’objectif de notre recherche est d’investiguer les réponses physiologiques, comportementales et sociales de macaques à longue-queue (Macaca fascicularis) femelles adultes inclues depuis 2017 dans un programme de stérilisation (par ligature des trompes) dans le sanctuaire Monkey Forest Ubud à Bali, en Indonésie. A travers un monitoring éthologique comportemental (basé sur +/- 1000 heures de données focales collectées depuis 2017 via la méthode du focal individuel de 15 minutes combiné à des scans de groupe à intervalle de 5 minutes) et démographique (via comptages mensuels systématiques) à long-terme, nous mesurons le niveau d’activités que les femelles mobilisent au regard de leur condition (stérilisées vs. contrôles) et nous quantifions les indicateurs comportementaux d’anxiété (agressions et comportements autodirigés) afin d’évaluer également les implications des stérilisations en termes de bien-être.
Pour cette communication, nous décrirons dans un premier temps le contexte de la population cible (i.e., forte densité démographique, et intensification du conflit humain-macaque et de la tension sociale au sein des groupes de macaques), les objectifs du programme de stérilisation (i.e., taux de croissance visé et modélisation du nombre de femelles à stériliser), et les méthodologies utilisées pour les captures et les stérilisations. Dans un second temps, nous présenterons les résultats préliminaires sur le suivi des femelles stérilisées et les différences éventuelles observées avec les femelles contrôles. Lors la première année qui suit leur stérilisation, les femelles montrent des budgets d’activités globalement similaires aux femelles contrôles. Ce résultat à court-terme s’explique par la technique de stérilisation sélectionnée (i.e., ligature des trompes) qui n’annule pas la production de stéroïdes ovariens, et ainsi n’impacte pas directement le comportement. La seconde étape de nos recherches consiste maintenant à analyser l’évolution du profil comportemental sur le long-terme afin d’évaluer l’impact éventuel des cycles non-féconds répétés et de l’absence permanente de nouveaux jeunes chez les femelles stérilisées. Ces implications seront discutées à travers une analyse des avantages et des inconvénients de ce type de programme.