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Abstract :
[fr] La littérature mineure n’est pas strictement liée à des langues mises en état de minorité. On peut instaurer un « exercice » ou un « usage » mineurs même dans une langue majeure. Dans une langue majeure, on peut écrire « comme un chien qui fait son trou, un rat qui fait son terrier. Et, pour cela, trouver son propre point de sous-développement, son propre patois, son tiers monde à soi, son désert à soi » (Kafka, p. 33). Comment faire ? Tout est question d’intensité et d’aller puiser dans l’expression matérielle d’une langue (par-delà ou en-deçà des formes qu’elle se donne habituellement) ce qui peut la faire « vibrer en intensité » (35), et pour cela : « Opposer un usage purement intensif de la langue à tout usage symbolique, ou même significatif, ou simplement signifiant. Arriver à une expression parfaite et non formée, une expression matérielle intense » (Kafka, p. 35). On le fera d’autant mieux en vivant dans une langue majeure qui n’est pas la sienne, ou qu’on connait mal (quand on est immigré, et encore plus enfant d’immigré). Mais on le fera aussi si on est un artiste, capable d’« arracher à sa propre langue une littérature mineure, capable de creuser le langage, et de le faire filer suivant une ligne révolutionnaire sobre ? ». « Comment devenir le nomade et l’immigré et le tzigane de sa propre langue ? » (Kafka, p. 35). Il faut inventer des tactiques.