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Abstract :
[fr] La dystopie, genre romanesque familier de la prospective mais distinct par sa dimension explicitement fictionnelle, constitue un observatoire privilégié du risque. En tant que récit conjectural représentant une communauté en danger ou sur le déclin, la dystopie se fonde sur la vraisemblance, sous l’angle de la « conjecture romanesque rationnelle » (Pierre Versins), et permet d’aborder le risque à la fois comme un faisceau collectif de représentations (imaginaire) et comme une réalité contextuelle (discours social) qui le caractérisent par son imminence et sa gravité plus ou moins grandes. Cette communication propose d’examiner le traitement spécifique du risque dans la dystopie d’expression française de la période allant de l’entre-deux-guerres à 1950, à travers un corpus comprenant notamment les œuvres de Léon Groc (Une invasion de Sélénites, 1930), Théo Varlet (La Grande Panne, 1930), Jean d’Agraives (Le Virus 34, 1930), Régis Messac (Quinzinzinzili, 1935), Jacques Spitz (La Guerre des mouches, 1937), Barjavel (Ravage, 1943), Christophe Paulin (S’il n’en reste qu’un, 1946), Claude Pearson (La Mort atomique, 1947).
Ces récits d’anticipation anxiogènes, orientés vers le risque du pire – catastrophe, chaos, déliquescence, guerre, altérité menaçante –, relèvent d’une dynamique d’expérimentation fictionnelle qui s’intensifie à partir de l’entre-deux-guerres. Ils conjuguent les codes de la fiction populaire et ceux de la littérature générale, dans une hybridation qui témoigne de la modularité générique de la dystopie et de la variété des réactions programmées, entre distanciation critique et immersion de mise en garde. L’analyse visera à articuler poétique et pragmatique : la dystopie agit-elle pour anticiper les risques et contribuer à leur prévention, ou pour mettre en scène, de manière réflexive, les angoisses de son temps ? Il s’agira d’interroger les modalités fictionnelles de cette expérimentation – avant, pendant, après la catastrophe – et le rapport à l’avenir qu’elles construisent (irrévocable, modifiable, sous responsabilité humaine). En cela, cette littérature développe une double orientation : proactive et critique, elle cherche à infléchir les imaginaires du présent ; à rebours de la collapsologie, elle mise sur la possibilité d’éviter l’effondrement.
Event organizer :
Franca Bruera, Valeria Marino, Benoît Monginot, Francesca Quey et alii