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Abstract :
[fr] Les récits d’anticipation manifestent une prédilection pour le thème de la régulation climatique, entre illusion de maîtrise et fantasme d’autarcie, en particulier dans la veine anxiogène et critique de la dystopie, qui explore les risques et les travers liés à cette question, qu’il s’agisse d’expérimenter de nouvelles infrastructures en prévention d’une pollution menaçant la vie communautaire (Jules Verne, Les Cinq Cents Millions de la Bégum ; Rosny aîné, La Mort de la Terre), de s’appuyer sur des ressources dont l’exploitation non régulée est sujette à catastrophes (le « feu central » de la Terre dans Ignis, la pile thermo-solaire dans La Babylone électrique d’Albert Bleunard) ou de découvrir l’écosystème mis en place par des créatures inconnues dans un biotope alternatif (la gestion des gaz, du rayonnement lumineux et des rythmes vitaux dans La Cité des asphyxiés de Régis Messac ou L’Île sous cloche de Xavier de Langlais).
En s’appuyant sur une petite cartographie du contrôle du climat dans les récits d’anticipation de la période 1850-1950, corpus préalable à l’institutionnalisation de la science-fiction comme genre éditorial en France et caractérisé par une grande diversité thématique et générique, cette communication a examiné les enjeux d’une situation narrative récurrente relative à la mise en place d’un micro-climat ou d’un écosystème surveillé, généralement confiné dans de strictes limites géographiques et atmosphériques, et fonctionnant par ses propres ressources ou par la prédation du milieu. Il s’agit, d’une part, d’analyser la place du topos de la bulle climatique dans l’économie narrative des récits, où il joue souvent un rôle de premier plan, en révélant, condensant et illustrant les dimension polémique des scénarios dystopiques. Il s’agit, d’autre part, de remettre en perspective les enjeux environnementaux ainsi soulevés en les situant dans les discours sociaux et médiatiques de leur époque (évolution de l’hygiénisme, désillusions du projet extractiviste, tentatives de terraformation, déclinaisons uchroniques du monde perdu, exploration tâtonnante de l’autarcie énergétique, etc.).
On a veillé à proposer des éléments de réflexion relevant de l’écopoétique en articulant l’analyse d’un sujet sociétal de type environnemental et ses mises en forme narratives et discursives dans les littératures de l’imaginaire relevant de la dystopie. Cette dernière sera envisagée sous l’angle d’une fiction proactive qui propose des modélisations plausibles du futur en élaborant, par extrapolation de son premier contexte, certains scénarios du pire qu’il s’agirait d’empêcher d’advenir en révélant leurs lignes de faille et en affichant les principales ressources vitales en tension.