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Abstract :
[fr] En avril 1990, l’État belge dépénalise partiellement l’Interruption Volontaire de Grossesse (IVG). Ce faisant, il confie à d’autres agents le soin d’encadrer sa pratique (Memmi, 2006) et se tourne vers une « biopolitique déléguée » (Fassin & Memmi, 2004) axée sur le « gouvernement de soi ». Les femmes sont ainsi libres d’avorter, mais ce choix se voit encadré par un « gouvernement par la parole » se jouant entre le·a professionnel·le et la patiente (Fassin & Memmi, 2004). Cet encadrement apparait ainsi comme un dispositif de contrôle social genré (Ruault & Mathieu, 2014 ; Bajos & Ferrand, 2011), producteur d’une « norme procréative ».
Les agents dont il est question ici sont certes les médecins mais aussi « toute autre personne qualifiée de l'établissement ». En planning familial, ce personnel qualifié se compose d’assistant·es sociaux·les, de psychologues, de sexologues, de sage-femmes ou encore d’infirmier·ères. Ensemble, iels accompagnent quotidiennement les femmes dans ces structures extrahospitalières, réalisant plus de 80% des IVG. Les différentes étapes qui composent le parcours d’IVG sont partagées entre ces professionnel·les ou réalisées conjointement. Le « pré-IVG » se voit ainsi découpé en deux temps : la femme sera d’abord reçue par un·e « accueillant·e IVG » (issu·e du secteur psycho-social) pour ensuite voir le·a médecin. Investi de cette façon, les travailleur·ses de planning cherchent à proposer un accueil et un soin de qualité pour les femmes qui passent leurs portes, faisant ainsi advenir leur propre logique de soin (Mol, 2008).
C’est dans ce cadre précis que cette communication analysera la circulation et le partage des savoirs. S’inscrivant dans l’axe premier de cet appel à communication, la réflexion porte sur les appropriations et résistances aux savoirs sur le corps, en les étudiant par le bas (dans les pratiques quotidiennes de soin). Entre contrôle et soin, comment circulent ces savoirs dans les parcours abortifs ? Quelles formes prennent-ils, quels liens entretiennent-ils entre eux et qui en est dépositaire ? Les rapports entretenus entre les savoirs détenus par les médecins, les « accueillant·es » mais aussi les usagères feront également partie intégrante de cette réflexion, et ce au regard de la place grandissante faite à l’injonction à « l’autonomisation du patient ». Enfin, au travers de cette présentation, les techniques et leur renouvellement seront questionnées : que font- elles à cette circulation du savoir ?
Enfin, cette communication prendra appui sur une recherche de terrain réalisée dans le cadre de ma thèse de sociologie, auprès de centres extrahospitaliers pratiquant l’IVG en Belgique francophone et les professionnel·les qui les font vivre. Au travers d’entretiens et d’observations, l’ambition est ici d’opérer un changement de focale en portant un regard attentif non plus seulement sur des agents du « bio-pouvoir » mais en tant qu’iels sont aussi des « agents du care » (Molinier, 2013). Le travail de care réalisé ici n’étant autre que le « travail abortif » (Mathieu et Thizy, 2023).
Title :
LEBRUN, L. : L’encadrement de l’IVG, entre care et contrôle : comment médecins, accueillantes et usagères s’approprient et transmettent des savoirs sur l’avortement
Name of the research project :
L’avortement par le prisme de « care » en Belgique :parcours de soin et parcours de vie