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Abstract :
[fr] Dans le cadre de cette conférence François Debras a proposé de revenir sur l’évolution des discours d’extrême droite à l’ère numérique et des nouvelles formes de médiatisation du politique.
Deux grandes stratégies discursives se dégagent:
La “politique de la cravate” : une stratégie de respectabilisation, qui vise à adoucir l’image du mouvement, à exclure (au moins en surface) les figures trop extrêmes ou violentes, et à séduire un électorat populaire sous couvert d’"union du peuple". Le but? Maximiser les résultats électoraux en paraissant modéré et “propre sur soi”.
La réactivation d’un discours extrémistes, souvent en filigrane, où des références à des idéologies liées à la Seconde Guerre mondiale refont surface, parfois de manière explicite, parfois codée. C’est ce qu’on appelle le dog whistling : des messages apparemment anodins pour le grand public, mais porteurs de significations fortes pour certains groupes (ex : mots-clés, symboles, chiffres, etc.).
L’extrême droite a très vite compris l’intérêt d’internet comme levier d’influence directe, sans passer par les filtres journalistiques. Elle y déploie un activisme numérique puissant, articulé autour de plusieurs formes de domination :
Domination historique : Le FN (aujourd’hui RN) faisait partie des premiers partis politiques à investir Internet et à ouvrir une page Facebook.
Domination financière : En 2023, le Vlaams Belang a dépensé 1,68 million d’euros en publicités sur Meta (Facebook/Instagram), contre seulement 170 000 euros pour le premier parti francophone.
Domination structurelle : Création de chaînes YouTube dites de "réinformation", qui copient les codes visuels et narratifs du journalisme pour construire une légitimité alternative, tout en diffusant des récits biaisés ou conspirationnistes.
Domination émotionnelle : L’extrême droite excelle dans la création de contenus courts, simples, qui jouent sur des émotions fortes comme la peur, la colère ou le sentiment d’injustice. Un format parfaitement calibré pour les algorithmes des réseaux sociaux.
Mais le discours ne vient pas que des partis politiques.
L’analyse a aussi porté sur le rôle des influenceurs et influenceuses, qui diffusent des idées proches de l’extrême droite sans toujours le dire ouvertement et qui passe par une infrapolitique : une forme de politisation indirecte, qui passe par des gestes du quotidien, des styles de vie, des symboles culturels.
Par exemple : faire de la musculation, manger de la viande rouge, rejeter les produits “woke”, glorifier la “vraie virilité”... Des pratiques banales en apparence, mais mobilisées par des figures masculinistes ou virilistes pour diffuser une idéologie politique fondée sur l’ordre, la hiérarchie, le rejet du féminisme et de la diversité. Cette logique s'incarne dans une culture pop d’extrême droite, utilisant l’humour, les codes jeunes, les mèmes, les clips, ou encore les récits de “red pill”.
Cette infrapolitique vise à fédérer des communautés autour de valeurs conservatrices ou autoritaires sans passer par un discours politique frontal, et touche ainsi des publics beaucoup plus larges.