No full text
Unpublished conference/Abstract (Scientific congresses and symposiums)
Quand rêver, c’est déchanter : le récit d’anticipation onirique
Stienon, Valérie
2025journée d’études « L’émerveillement à l’épreuve du désenchantement au XIXe siècle », Université de Poitiers
Peer reviewed
 

Files


Full Text
No document available.

Send to



Details



Keywords :
anticipation; émerveillement; dystopie; littérature; XIXe siècle
Abstract :
[fr] Le rêve du personnage est un élément récurrent de l’anticipation, de l’utopie et de la science-fiction. Au-delà du simple topos narratif, il s’agit d’une modalité créative de projection fictionnelle dans un monde alternatif. On sait d’ailleurs son importance dans des œuvres emblématiques allant au moins de Louis-Sébastien Mercier (L’An 2440. Rêve s’il en fut jamais, 1771) à René Barjavel (La Nuit des temps, 1968), en passant par William Morris (Nouvelles de nulle part, 1890) et H.G. Wells (Quand le dormeur s’éveillera, 1899). Le rêve marque toute une histoire du récit futuriste qui en fait un principe d’exploration, voire un seuil entre le référent réel et les différents degrés de la fiction. Il permet un dépaysement psychique, cognitif et même physique. Proche des thèmes de l’hallucination et de l’état modifié de conscience, il rejoint également l’imaginaire de la suggestion hypnotique et le vertige des paradis artificiels. Une attention narrative à la place du rêve dans l’économie du récit d’anticipation fait apparaître plusieurs cas de figure, associés chacun à une configuration spécifique de ce genre. Le rêve peut être explicité dès le départ, comme moyen de transition vers un autre monde, plus ou moins progressif ou soudain. C’est le cas du Monde tel qu’il sera (1846) d’Émile Souvestre, qui transporte d’emblée son couple de protagonistes en l’an 3000 par l’entremise d’un génie qui les endort pour exaucer leur souhait, ou encore de Dix mille ans dans un bloc de glace (1889) de Louis Boussenard, roman dont le personnage savant, accidentellement gelé lors d’une expédition, se réveille dans un avenir qui lui fait découvrir un nouveau monde. Le rêve peut aussi être mobilisé comme un élément central de la diégèse et thématiser ainsi son principe exploratoire lui-même. C’est ce que développent L’Homme depuis cinq mille ans (1865) de Samuel-Henry Berthoud, qui conduit son protagoniste à arpenter le Paris du troisième millénaire suite à l’inhalation d’éther, Le Monde dans deux mille ans (1878) de Georges Pellerin, où un savant se trouve lancé dans le futur par un magnétiseur qui l’endort à des fins documentaires, ou encore dans Ce que seront les Hommes de l’an 3000 (1907) de Gustave Guitton, qui raconte comment une potion permet de voyager dans le temps par un sommeil hallucinatoire volontaire. Enfin, le rêve peut être révélé à la fin du récit, alors qu’il n’était pas initialement présenté comme tel. Cela génère la surprise du lecteur, à la manière d’un twist final propre à relancer la tension narrative. Cela amène surtout à réinterpréter rétrospectivement l’histoire racontée. Ce procédé est susceptible de modifier le pacte de lecture vraisemblable de la conjecture romanesque rationnelle en le faisant basculer dans le registre de la fantaisie et du merveilleux par la modalité irréelle de l’onirisme. Ce cas s’observe notamment dans Ignis (1883) de Didier de Chousy, Voyage dans la lune avant 1900 (1892) de A. Ville d’Avray, Les Robinsons lunaires (1891) et Les Aventures extraordinaires d’un savant russe (1896) de Georges Le Faure, et même Le Voyage d’Urien (1893) d’André Gide. Dans ces récits, le personnage s’avère un narrateur non fiable égaré dans un rêve qu’il ignorait et duquel il sort finalement pour réintégrer une réalité fictive plus rassurante ou plus compréhensible. Par contraste, le monde imaginaire se retrouve mis en abyme, en doute voire en crise. Ce faisant, la sortie finale du rêve contribue à réévaluer le point de vue initialement porté sur la société future ou alternative. Comme l’expérience même du rêve ne s’apparente pas toujours à une découverte émerveillée, mais prend plus volontiers l’allure d’un cauchemar anxiogène, on peut se demander si le réveil permet d’échapper au pire. Cela soulève des questions poétiques, pragmatiques et logiques. Irait-on ainsi du cauchemar à sa conjuration ? Que fait cet onirisme imprévu à la portée exploratoire du récit d’anticipation ? Quelles affinités entretient-il avec le genre de la dystopie, elle aussi centrée sur une évaluation négative ou critique du monde alternatif ? Et dans quelle mesure contribue-t-il à déplacer les frontières entre l’utopie et ses variantes désenchantées ?
Disciplines :
Literature
Author, co-author :
Stienon, Valérie  ;  Université de Liège - ULiège > Département de langues et littératures romanes
Language :
French
Title :
Quand rêver, c’est déchanter : le récit d’anticipation onirique
Publication date :
04 April 2025
Event name :
journée d’études « L’émerveillement à l’épreuve du désenchantement au XIXe siècle », Université de Poitiers
Event organizer :
Clarisse Neau et Émilie Pézard
Event place :
Poitiers, France
Event date :
4 avril 2025
Audience :
International
Peer review/Selection committee :
Peer reviewed
Available on ORBi :
since 13 April 2025

Statistics


Number of views
19 (1 by ULiège)
Number of downloads
0 (0 by ULiège)

Bibliography


Similar publications



Contact ORBi