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Abstract :
[fr] Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, l’une des grandes ambitions de la France est de retrouver son rôle de grande puissance à l’échelle mondiale mais également de conserver ou de regagner sa place de leader au plan régional, dans l’Europe du Nord-Ouest. Dans cette optique, la constitution du Benelux apparaît comme une source d’inquiétude. En effet, cette alliance douanière puis économique entre le Luxembourg, la Belgique et les Pays-Bas, prend aussi les traits d’une entente plus politique, permettant aux trois petites puissances de se faire entendre en présentant des positions communes, notamment sur la question allemande. Par ailleurs, Paris ne voit pas sans crainte le tropisme britannique des Néerlandais, désormais doublé d’une réelle anglophilie dans les sphères dirigeants belges, au-delà des seuls néerlandophones.
Voyant Londres gagner du terrain, la France cherche à nouer, elle aussi, des liens forts avec le Benelux. Elle signe ainsi avec lui un Accord économique de consultation mutuelle en mars 1945. Très vite, pourtant, celui-ci laisse apparaître son inutilité et son inefficacité. Le Benelux ne se montre guère disposé à une union douanière avec la France, il n’entend prendre aucune disposition politique sans Londres (ce qui conduira finalement au Pacte de Bruxelles en 1948) et, sur l’Allemagne, il fait entendre, dès janvier 1947, son opposition à la plupart des thèses françaises.
Pourtant, de 1946 à 1950, Paris va multiplier les avances en vue d’un rapprochement économique avec l’UEBL et, par extension, avec les Pays-Bas, sans grande réussite. Elle pourra néanmoins compter sur certains relais dans l’opinion belge et au Parlement, relais souvent liés au mouvement wallon et dont la francophilie va de pair avec l’angoisse d’une flamandisation de la Belgique. Le thème clé sur lequel la France peut s’appuyer est celui d’une nécessaire compensation du Benelux sous peine de voir l’élément latin ou francophone submergé par la vague « germanique ».
Dans cette contribution, nous insisterons sur la manière dont les émotions (frustration, méfiance, crainte, ironie / confiance, reconnaissance) ont été mobilisées par la France et par ses relais en Belgique francophone pour commenter ou tenter d’infléchir la politique de la Belgique et du Benelux dans une dynamique de rapports de forces stratégiques, politiques, militaires et culturels.