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Abstract :
[fr] François Debras a été interviewé par les étudiants en master de journalisme de l'Université de Liège dans le cadre de leur JT matinal. L'échange portait sur la communication des partis politiques d'extrême droite.
Depuis les années 1990-2000, l'extrême droite a amorcé un processus de "dédiabolisation". Concrètement, cela signifie que ces partis adaptent leur discours pour contourner les législations antiracistes et anti-discrimination, tout en excluant les membres les plus violents de leurs rangs. Ils adoptent également une rhétorique colorée positivement afin d’élargir leur électorat. Loin de rester en marge du paysage politique, l’extrême droite vise aujourd’hui l’accès au pouvoir, comme en témoignent ses succès en Italie, en Hongrie ou encore aux Pays-Bas.
Trois évolutions majeures marquent cette transformation des discours :
1)La notion de "r*ce" a été remplacée par celle de culture ou de religion, présentées comme assimilables ou non.
2)L’hostilité envers l’"Autre" a cédé la place à un discours axé sur la protection de soi, la défense des traditions, des coutumes et de la langue.
3)Les propos explicites ont laissé place à un langage plus implicite, jouant sur les sous-entendus et les messages ambigus, les discours gris.
Par ailleurs, sur les réseaux sociaux, l’extrême droite bénéficie d’une triple domination :
1)Historique : Elle a très tôt investi Internet et les plateformes numériques. Le Front National, par exemple, fut l’un des premiers partis européens à avoir une présence en ligne et une page Facebook.
2)Quantitative : Ces partis investissent massivement dans la publicité numérique. En 2023, en Belgique, le Vlaams Belang a dépensé 1,68 million d’euros en publicité sur les plateformes Meta, un montant colossal en comparaison avec le premier parti francophone, le PTB, qui y a consacré 170 000 euros.
3)Qualitative : L’extrême droite maîtrise parfaitement les codes des réseaux sociaux. Elle produit des contenus courts et percutants, jouant sur des émotions fortes – colère, haine, sentiment d’injustice ou d’impuissance – afin de maximiser l’engagement et la mobilisation.
Ces stratégies permettent à l’extrême droite d’accroître son influence et de structurer un discours efficace et attractif sur la scène politique contemporaine...