Reference : La crise contre la critique : vers un état post-démocratique ?
Scientific congresses and symposiums : Unpublished conference/Abstract
Social & behavioral sciences, psychology : Sociology & social sciences
http://hdl.handle.net/2268/260853
La crise contre la critique : vers un état post-démocratique ?
French
Orianne, Jean-François mailto [Université de Liège - ULiège > Département des sciences sociales > Sociologie de l'action publique et des problèmes du travail >]
Frère, Bruno mailto [Université de Liège - ULiège > Département des sciences sociales > Sociologie des identités contemporaines >]
20-May-2021
15
Yes
No
National
Penser les crises ou les crises de la pensée
20 et 21 mai 2021
IRSS
Liège
Belgique
[en] crise ; critique ; covid-19
[fr] La notion de crise est aujourd’hui de plus en plus utilisée et véhiculée par les médias de masse pour décrire nos systèmes sociaux : crise des états-providence, crises migratoires, crises des systèmes de soins de santé, des systèmes politiques, éducatifs, économiques et financiers. La question de savoir si ces descriptions sont conformes, réalistes, « vraies », renvoie à la fonction des médias de masse dans nos sociétés modernes.
Dans son précis de sociologie de l’émancipation, Boltanski (2009) explique que le rôle principal des institutions, au sein des systèmes sociaux, consiste à dire et faire la réalité afin que tous les acteurs sociaux soient accordés sur celle-ci et sur la façon dont on peut s’y référer. De son côté, Luhmann (2006) considère que le système des médias de masse assure deux fonctions essentielles à l’égard de la réalité instituée : 1) une fonction de sécurisation sémantique : confirmer en permanence ce qu’il en est de ce qui est au niveau de la société ; 2) une fonction de sensibilisation à la critique : irriter, sensibiliser en permanence le système social à la critique (s’attendre à des surprises, à des nouvelles, à du neuf, à de la déviance, à du conflit, à de nouvelles épreuves), tenir le système social en alerte, en éveil, confronter en permanence le système social à la perturbation, à l’instar d’un système immunitaire.
Dans le cas des crises successives que nous rencontrons, il semble que les médias viennent sans cesse jouer le rôle de confirmation de la réalité sociale dont les systèmes politiques et économiques dessinent les contours : la réalité est composée de crises et il faut laisser aux experts le soin de définir les modalités de gestion celles-ci. Sous le prisme de la crise, pour le dire avec Luhmann, les « systèmes sociaux » qui formatent notre réalité commune trouvent en fait à s’autonomiser davantage, en reléguant les humains dans la sphère privée (ou domestique), où se canalisent désormais protestation, indignation et frustration, sans porter atteinte au bon fonctionnement des systèmes (politiques, éducatifs, économiques, financiers, de santé, etc.). Comme l’avaient déjà bien souligné Boltanski et Chiapello (1999), la crise désarme la critique. L’état d’urgence rend les humains solidaires dans la peur (Beck, 1986). Toute controverse, critique ou débat contradictoire s’éteignent en temps de crise aigue, faute d’opposants : l’adversité disperse les adversaires.
La « crise du covid-19 » appartient sans doute à cette nouvelle gamme de « crises modernes » auto-produites par nos systèmes sociaux. Comme le souligne Beck, depuis plus d’un siècle, en effet, les risques qui menacent nos sociétés modernes ne sont plus extérieurs à la société (comme le ciel nous tomberait sur la tête) mais auto-produits, manufacturés (comme un attentat terroriste, une crise sanitaire, migratoire ou financière qui s’abattrait sur nos institutions).
A chaque crise auto-produite (financière, terroriste, migratoire, sanitaire, etc.), l’autoritarisme légitime de la prévention gagne du terrain sur le débat démocratique et l’intelligence collective. En Belgique, comme chez nous voisins, les contours d’un Etat post-démocratique (une gouvernance d’experts) s’esquisse au rythme de ces multiples crises auto-immunes. La réalité et sa définition s’en trouvent toujours plus fermement cadenassées. La critique, immédiatement renvoyée à la déraison et à l’irresponsabilité (en matière de santé public dans le cas du covid), n’a plus voie au chapitre. La dissonance s’interdit d’elle-même lorsque le contestataire est isolé thématiquement et socialement afin que sa protestation demeure sans effet.
Institut de recherches en Sciences Sociales - IRSS
Researchers ; Students
http://hdl.handle.net/2268/260853

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