Reference : Penser par le milieu, cultiver l'équivocation
Parts of books : Contribution to collective works
Arts & humanities : Philosophy & ethics
http://hdl.handle.net/2268/183412
Penser par le milieu, cultiver l'équivocation
French
Despret, Vinciane mailto [Université de Liège > Département de philosophie > Département de philosophie >]
2015
Les pluriels de Barbara Cassin, ou le partage des équivoques
Büttgen, Phillipe
Gendreau-Massaloux, Michèle
North, Xavier
Les éditions du bord de l'eau
Psychanalyse sciences sociels et politique
145-154
No
978-2-35687-351-4
Lormont
France
[en] Fantômes deuil héritage transmission accomplissement
[en] « Gorgias, écrivait Barbara Cassin, montre comment le Poème de Parménide, loin de partir, comme il le prétend, d'un “il y a” de être (esti : es gibt Sein, dit Heidegger), fabrique bien plutôt l'être en le disant, le fait être ; on ne va pas de l'être au dire de l'être, en toute fidélité et adéquation, mais, à l'inverse, l'être est un effet de dire, un produit du poème, la conséquence d'une performance discursive. C'est de là que je suis repartie. »
Au cœur de sa réflexion sur la performativité du langage se déploie, chez Cassin, la question de l’efficace créatif de la traduction. Cette question peut être mise en rapport avec la notion développée par l’anthropologue Eduardo Viveiros de Castro sous le terme d’« équivocation ». Traduire, dit-il, c’est présumer qu’une équivocation existe toujours ; c’est communiquer par différences, différences dans sa langue — sous le même terme, quantité de choses peuvent revendiquer répondre de ce terme—, différences dans la langue de l’autre, et différences dans l’opération même de traduction— car les deux équivocités ne sont pas superposables. C’est ce qui conduit Viveiros de Castro à dire que « la comparaison est au service de la traduction », et non l’inverse. On ne traduit pas pour comparer, on compare à la seule fin de réussir à traduire. Et on compare des différences, des équivoques, des homonymes. L’équivocation est, en ce sens, le déploiement des versions.
Dans une traduction, explique Cassin, non seulement chaque terme et chaque opération syntaxique de la langue source peuvent recevoir plusieurs sens, mais ils vont être traduits, dans la langue d’arrivée par des termes et des opérateurs syntaxiques qui, eux-mêmes, peuvent en avoir plusieurs. La version cultive ces divergences et ces bifurcations, de manière contrôlée— mais comme on dit que marcher est une manière contrôlée de tomber.
Cette pratique de l’équivocation comme volonté de maintien de la contradiction est à l’œuvre dans les travaux les plus divers de la philosophe. Je m’attacherai plus particulièrement à la partie plus littéraire de ceux-ci. Au départ de la nouvelle « Les mots de tous les jours et l’orchidée de la nuit », que je mettrai en rapport avec une analyse de la thématique de la transmission, de l’identité et du deuil proposée par le psychanalyste Jean Allouch, je souhaiterais dégager les effets pragmatiques et féconds d’une traduction assumant et cultivant la possibilité de faire tenir des traductions divergentes et contradictoires d’un même énoncé.
Researchers ; Professionals ; Students ; General public
http://hdl.handle.net/2268/183412
Actes du colloque tenu à Cerisy La salle, 14-21 septembre 2012.

There is no file associated with this reference.

Bookmark and Share SFX Query

All documents in ORBi are protected by a user license.